Moins d’un quart des enfants porteurs d’un retard de croissance intra-utérin sont suspectés en anténatal

Le dépistage anténatal du retard de croissance intra-utérin (RCIU) demeure faible en France, alors qu’une échographie est systématiquement proposée à toutes les femmes au troisième trimestre de grossesse. Moins d’un quart des enfants porteurs d’un RCIU sont suspectés en anténatal et, parmi les enfants présentant une suspicion de RCIU pendant la grossesse, la moitié avait un poids normal à la naissance. La suspicion d’un RCIU pendant la grossesse est associée à une augmentation des accouchements induits par les équipes médicales, chez les enfants ayant un faible poids à la naissance, comme chez les enfants ayant un poids normal et suspectés à tort.

Résumé

Introduction

Chaque année en France, 80 000 enfants naissent avec un retard de croissance intra-utérin (RCIU) (10 % des naissances). Il se manifeste par une altération de la croissance fœtale, le plus souvent repérée à l’échographie, à l’origine de décès in utéro et postnataux et de handicaps majeurs. Du fait de l’absence de prévention efficace et de traitement in utero, dépister le RCIU pendant la grossesse est un véritable enjeu en médecine périnatale car c’est actuellement le seul moyen de limiter la mortalité et la morbidité associée au RCIU. L’objectif de ce travail était d’évaluer la performance du dépistage du RCIU en anténatal et de mesurer les effets de la suspicion d’un RCIU pendant la grossesse sur les décisions médicales.

Méthodes

La population étudiée incluait 14 100 naissances uniques issues de l’Enquête Nationale Périnatale de 2010. Un enfant avait un petit poids pour son âge gestationnel (PAG) si son poids à la naissance était inférieur au 10ème percentile des courbes de référence françaises ; il y avait une suspicion anténatale d’un RCIU si celle-ci (ou une note mentionnant une suspicion de faible poids fœtal) avait été inscrite dans le dossier médical pendant la grossesse. Nous avons comparé la prise en prise en charge obstétricale (césarienne avant travail, déclenchement du travail et prématurité induite par les équipes médicales) et les issues néonatales (morts fœtales, prématurité, score d’Apgar et réanimation néonatale à la naissance) dans les quatre groupes suivants : (1) les enfants PAG suspectés de RCIU pendant la grossesse (vrais positifs), (2) les enfants non-PAG (poids ≥ 10ème percentile) avec une suspicion de RCIU (faux positifs), (3) les enfants PAG sans suspicion de RCIU pendant la grossesse (faux négatifs) et (4) les enfants non-PAG non suspectés (vrais négatifs).

Résultats

21,7% des enfants PAG (n=265) et 2,1% des enfants de poids normal (≥ 10ème percentile) (n=271) avaient eu une suspicion de RCIU pendant la grossesse. Par rapport aux vrais négatifs, le risque d’accouchements prématurés (< 37 SA) induits par les équipes médicales était plus élevé chez les vrais et les faux positifs (Risque ratio ajusté=6,1 [3,8–9,8] et 4,6 [3,2–6,7]) mais ce risque n’était pas augmenté chez les faux négatifs. Les issues néonatales n’étaient pas meilleures pour les enfants nés avec un PAG et suspectés d’avoir un RCIU par rapport à ceux non suspectés.

Conclusion

La suspicion anténatale d’un RCIU parmi les enfants nés avec un PAG était faible et la moitié des enfants avec une suspicion anténatale d’un RCIU avait un poids normal à la naissance. L’augmentation du risque d’accouchement induit par les équipes médicales observée chez les faux positifs pose la question des effets iatrogènes potentiels du dépistage.

Pour lire l’étude

Monier I, Blondel B, Ego A, Kaminski M, Goffinet F, Zeitlin J.
Poor effectiveness of antenatal detection of fetal growth restriction and consequences for obstetric management and neonatal outcomes: a French national study. BJOG. 2015 Mar;122(4):518-27